L’editing, une expérience passionnante !

Éditions NLJ’ai récemment eu l’opportunité de tenter une nouvelle expérience reliée à l’écriture: faire du travail d’editing sur un manuscrit. Une opportunité qui m’a été offerte par les éditions NL, au sujet d’un manuscrit que je connaissais déjà pour l’avoir lu lorsque son auteure, Monia Boubaker l’a sorti en auto-édition. À ce sujet, rendons à César ce qui lui appartient, j’en avais fait la découverte au détour d’une visite sur le blog de Destinations passions 😉

Bref, lorsque mon éditeur de tout ce que l’on ne s’est pas dit m’a proposé la chose, j’ai sauté sur l’occasion ! Il ne s’agissait pas de simplement relire le manuscrit et le corriger, encore moins de le réécrire, mais d’effectuer un travail collaboratif avec l’auteure, tant au niveau de la forme que du fond. Réfléchir à l’histoire, aux personnages, aux descriptions, tout en harmonisant le texte, s’attarder à sa musicalité. Tout pouvait potentiellement être revu et je me suis donc attaché à jouer au détective sur ce texte.

L’impression la plus forte que j’en retire, c’est qu’en ce qui concerne mes propres manuscrits, ce travail me permet de progresser ! C’est bien connu, on ne voit que la minuscule coquille dans le manuscrit du voisin alors qu’on passe à côté des siennes, à force de s’écorcher les yeux dessus !

Au-delà des coquilles, le travail d’editing m’a permis de prendre de la distance vis-à-vis du manuscrit. D’y voir des détails, maladresses, tics d’écriture, répétitions, j’en passe et des meilleures, à commencer par les miens. Si je ne dois retirer qu’un conseil à donner à mes collègues auteurs, c’est de tenter l’expérience, vous allez voir, c’est édifiant ! Cette distance avec le texte, que bien souvent nous avons de la difficulté à avoir à l’égard de nos manuscrits, s’impose d’elle-même sur ceux des autres.

Parce que lorsqu’il s’agit d’editing, il faut avoir l’oeil à tout :

  • L’intrigue en elle-même : sa chronologie, sa cohérence, sa mise en place, les rebondissements et les dénouements,
  • Les personnages : sont-ils trop ceci, pas assez cela ? Quelle est leur histoire ? Que dit-on d’eux et que laisse-t-on à l’imagination du lecteur ? Et leurs backgrounds ?
  • Le style : est-ce que les dialogues sont « raccord », est-ce que la narration sert ou non le récit ?
  • Le vocabulaire : tant dans les dialogues que dans la narration, il faut encore une fois que le tout soit en phase. Un personnage qui s’exprime systématiquement comme un charretier ne va pas – sans raison en tout cas – changer de registre.
  • Les tics d’écriture : c’est peut-être la chose la plus facile à voir chez les autres.

Une fois la chose faite dans le manuscrit de quelqu’un d’autre, lorsqu’on relit ensuite ses propres manuscrits, croyez-moi, on a un peu plus de distance par rapport à ses écrits !

Je pense qu’il y a tout de même des préalables indispensables pour que ce travail d’editing soit fructueux:

  • Éviter le syndrome « moi, j’aurais écrit ça comme ça »: parce qu’éditer un manuscrit n’est surtout pas le réécrire à sa sauce, il faut s’assurer de respecter l’auteur, sa personnalité, sa sensibilité, son registre, ses constructions grammaticales (dans certaines limites – infranchissables 😇). Prendre de la distance avec le texte et l’aborder sous un oeil le plus neutre possible. Se mettre à la fois dans la peau du lecteur et dans celle de l’éditeur.
  • Du point de vue de « l’éditeur », dire tout ce que l’on pense: si celui qui fait des remarques doit réfléchir dix minutes sur la façon dont chaque commentaire sera reçu par l’auteur, autant dire qu’on n’est pas sortis de l’auberge ! Il faut tout balancer à l’auteur – le mauvais comme le bon. Ça ne sert à rien autrement.
  • Du point de vue de l’auteur: mettre son ego de côté et accepter les commentaires, tous les commentaires. Cela ne veut pas dire que l’auteur doit jouer au béni-oui-oui et tout accepter sans rien dire, bien au contraire ! L’editing, c’est avant tout un échange et je ne compte plus les âpres discussions sur tel ou tel mot ou expression avec Monia, qui a été amenée à réfléchir sur son personnage (et moi aussi !).
  • Être prêt à bosser : ici, la réactivité, de part et d’autre, me semble indispensable. C’est un travail de longue haleine, qui demande une assiduité réciproque et pour laquelle mieux vaut ne pas compter ses heures.

 

D’un point de vue pratique, cette expérience m’amène à formuler deux conseils :

  • Le premier : faire connaissance avant de se jeter dans le travail. Compte tenu de notre éloignement géographique, Monia et moi avons discuté via Skype ; une étape qui me paraissait indispensable, pour en savoir plus sur ce roman, l’intention de l’auteure, comment elle voyait ses personnages. Mais aussi pour préciser la façon dont j’envisageais le travail, que je risquais de dire ou d’écrire des choses pas forcément agréables à entendre ou à lire (de ce point de vue là, j’en suis convaincu, le salut est dans l’humour 😉).
  • Le second : utiliser une plateforme de travail collaborative en ligne. J’ai opté pour les google docs qui permettent de travailler sur un seul et même exemplaire et donc d’éviter que des échanges de documents par mail n’intègrent pas ou pire, écrasent des modifications ! Chaque chapitre était un Google doc, sur lequel, en mode révision, nous avons abondamment commenté, échangé, annoté et bien sûr modifié le texte. Cerise sur le gâteau, l’interface intègre une fenêtre de chat et on peut même suivre en temps réel les modifications faites par la personne avec qui on collabore et suivre son curseur !

 

En ce qui me concerne, j’avoue avoir pris goût à ce travail qui m’a permis de me plonger dans un aspect différent de l’écriture qu’il est impossible de percevoir lorsqu’on ne garde son nez collé que sur les siens ! Si vous avez l’occasion de le faire, foncez ! Ça ne se fait pas en quelques heures, c’est un travail de longue haleine, mais c’est du temps bien investi !

Si vous êtes curieux du ressenti de l’auteure, Monia a publié un article sur le sujet sur son site auteur.

Et si vous avez envie de découvrir cette première enquête de Mélina Corneille, l’affaire Bella Rosa sera disponible le 16 mai prochain dans la collection polar & thriller feel good des éditions NL, comme toujours avec un prix numérique adapté au format, outre la version papier 😉

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